En entrant dans la salle disposée en longueur de cet établissement, je n'étais guère sûr de moi. Voici un lieu à la mode, donc dangereux. Sur le chemin des critiques élogieuses, on risque à chaque instant la sortie de route. D'emblée, on est sur la corde raide : placé d'autorité à la table d'hôte entre deux copines neurasthéniques et un trio dirigé par un coq de basse-cour assénant des "moi, je" à chaque phrase, on pouvait franchement craindre un mauvais moment.
La carte rassure cependant par une simplicité des plus sympathiques. Finalement, la cuisine comme la carte est à l'inverse de l'endroit. Pas m'as-tu-vu pour un sou, évidente avec juste un brin de créativité. Ce qui frappe, c'est la qualité des produits. Le thon blanc de l'île d'Yeu, servi avec un peu de crème est plein de fraîcheur et de goût. Le lard de Colonnata est fondant à souhait et la portion plutôt généreuse. Viennent ensuite les plats, souvent des classiques. L'agneau de sept heures est un délice parfumé et tendre, on ne s'en lasse pas, surtout servi simplement avec ces petits cocos parfaitement fermes. La morille qui vient orner les tagliatelles sont authentiques et respectées : onctueuses, ni trop séches, ni spongieuses. Bref, c'est bon. Les desserts sont un ton en dessous, comme souvent. J'avoue cependant être tombé dans le piège du confit de lentilles sur le yaourt, même si le sucre de canne domine plus que le goût de la lentille dont il ne reste guère que la texture. Au final, j'ai cédé à une certaine gourmandise sucrée, pas forcément justifiée.
L'ensemble reste pourtant bien agréable, d'autant que l'on peut accompagner le plat de bons vins au verre (le choix de ces derniers est très convaincant). En fin de service, vers 14h, lorsque tout le monde est parti, l'ambiance se détend, le service plutôt indifférent jusque là se fait sympathique, discuteur et blagueur. Du coup, on a oublié les copines neurasthéniques et le coq de basse-court, tous repartis au travail, et on se dit que l'adresse vaut bien le détour.
Je demeure un grand sceptique de la table d'hôtes, mais il existe une salle avec vue sur le musée Picasso et des tables. Le meilleur moment pour profiter du lieu est sans doute la fin de service du déjeuner.
L'établissement n'évite pas certains travers de la cantine à Bobo, notamment dans les prix un peu poussé et dans la froideur autoritaire(mais passagère pour mon compte) du personnel.
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