Lorsque l'on parle des Pays-Bas, le premier qualificatif qui nous vient à l'esprit n'est pas gastronomie. La ville de Zwolle située à 80 km au nord-est d'Amsterdam est la capitale de la province d'Overijssel; comme beaucoup de villes des Pays-Bas elle est bordée de canaux, les maisons sont soignées, les rues sont proprettes, un paysage reposant dans lequel on se ballade volontiers à pied, à vélos ou en bateau. "De Librije" est la référence culinaire de la ville, de la région et parmi l'une des plus belles tables néerlandaises. Elle n'a pas à rougir de comparatif avec les grandes tables européennes. Le restaurant phare est situé dans la ville, dans l'ancienne bibliothèque d'un monastère dominicains bâtis au XVème siècle. Ce bâtiment de briques et au toit pentu devint une dépendance du ministère de la défense au XXème siècle qui ouvrit le premier un restaurant pour ses soldats. Jonnie Boer travaille chez De Librije depuis de nombreuses années puisqu'il commença à cuisiner aux services de Ed Meijers en 1986. L'épouse de Jonnie; Thérèse arrive en tant qu'hôtesse et sommelière en 1990. En 1992, ils reprennent ensemble l'établissement et reçoivent leur première étoile Michelin. En 1999, ils reçoivent leur deuxième étoile, puis sont couronnés en 2004 par la 3ème étoile ce qui les encourage à rénover tout l'établissement une année plus tard.
L'hôtel avec le second établissement "De Librije Zusje" est distant d'environ 500 m à vol d'oiseau du restaurant. Ceux-ci sont beaucoup plus récent puisqu'il sont situés dans l'ancienne prison datant du début du XVIIIème siècle. Après transformation, l'hôtel 5 étoiles et son restaurant ont été ouvert le 25 mai 2008. Bâtiment rectangulaire de briques aux murs épais s'articulant autour d'une cour intérieure couverte d'une tente pagode, il a été construit en 1739, comme l'indique la plaque sur le linteau de la porte principale. Dans les caves voutées à l'ambiance décontractée on peut découvrir un bar à vins. Au rez-de-chaussée, la réception et son lobby, les cuisines, la salle à manger ainsi que la petite salle accessible à tout heure. Au premier étage et aux combles, les chambres articulées et ouvertes sur la cour intérieure; décoration contemporaine, équipement complet. Un seul bémol sur les salles de bains ouvertes sur les chambres; cette typologie exclut un minimum d'intimité des occupants de la chambre entre eux lorsqu'ils veulent prendre leurs douches. Avec un service impeccable digne des 5 étoiles de l'établissement; voiturier, conciergerie aux petits soins, location de bateau à moteur pour promenade sur les canaux, petit déjeuner raffiné ainsi que repas servi par le restaurant deux étoiles, à la carte ou menu surprise pouvant être servi dans la cour intérieure ou dans la salle à manger, il est quasi impossible d'être insatisfait à la fin de son séjour.
L'expérience culinaire chez "De Librije" est d'autant plus parfaite lorsque l'on peut la passer à la table d'hôtes au rez inférieur du restaurant et que l'on aime voir les petites mains à l'ouvrage. C'est ici que l'on peut lire à livre ouvert l'inspiration du chef. D'entrée on nous informe que l'ensemble de la cuisine est accessible, que l'on peut se laisser à photographier n'importe quelle partie de la cuisine, on ne cache rien, vous êtes chez vous. Deux tables simplement décorées de verres aux formes étranges et des couverts standards, pas de nappes; les adeptes du classicisme devront passer leurs chemins.
Deux planchettes disposées sur la table avec au centre de chacune d'entre elles une motte de pâte, recouverte d'une cloche en verre, la pâte se lève sous vos yeux et à la fin de ce processus on l'emmènera pour en faire de petits pains moelleux et croustillants. Deux sortes de beurres également disposés sur des planchettes, en mottes, d'une manière brut peuvent être goutés, l'un à base de lait de chèvre et l'autre de vache. Disons-le d'emblée, la force de la cuisine est ici dans les textures, elles seront toutes passées en revues: du croustillant au moelleux en passant par le fondant, le craquant, le liquide, le solide, Jonnie Boer est un maître en la matière, vos papilles gustatives vont pouvoir travailler et elles n'en seront que plus heureuses.
Le menu s'articule autour de huit plats à base de produis régionaux qui sont autant de chapitres qui vous feront évoluer dans ce bel ouvrage culinaire qui nous est présenté ici. Auparavant, quelques amuses bouches présentés comme un préambule plus facile à photographier qu'à traduire, l'ouvrage original étant présenté en v.o . Il vous faudra donc voyager par vous même pour ressentir les textures et découvrir les goûts si cette petite présentation libre ne vous convainc pas.
Préambule (amuses bouches)
Une décoction de choux rouge légèrement acidulé
Langoustine de la mer du nord sur son pain croustillant avec un petit pois de citron rehaussant l'ensemble du goût sur une petite soupe froide de produits du verger de la maison
Tartare de boeuf "one shot" servi sur la main.
Le serveur demande aux convives de disposer les mains sur la table et l'on vous dressera entre le pouce et l'index, ce remarquable tartare à déguster en une fois.
Puis les chapitres de ce bel ouvrage servi dans un rythme impeccable
Foie gras, tourteaux et fermenté de betterave rouge
Langoustine de la mer du nord, le céleri et la vanille Kombucha
(le Kombucha, littéralement algue de thé est une boisson acidulée d'origines mongoles)
Cabillaud, choux et pommes de terre, pignons de pins
Tomate, olive betterave rouge, citron géranium
(le citron géranium est une plante odorante d'origine d'Afrique du sud)
Agneau de Zwartewaterland, capucines et croquant d'olives noires
Livèche, Rolmops et petit jambon
(le Rolmops plat traditionnel néerlandais est un filet de hareng mariné)
En final les desserts
Curry vert doux thaï, mangue, banane en bière de gingembre.
Chocolat blanc aneth et pistache
Dressé sur une plaque de glace
Les vins proposés par Thérèse Boer ont été du moins au plus complexe comme il se doit: En apéritif un Sancerre, sauvignon blanc, beau parfum mais un peu court en bouche; pour suivre un Sylvaner Rheinhessen (allemand) sec et équilibré; puis un vin blanc espagnol de la région Rias Baixas (Galice) Quinta de Couselo; 100 % Albariño, des arômes de fruits et fleurs. Plus en finesse pour le dernier vin blanc un bourgogne de la Maison Bertrand Ambroise 2011 Chardonnay fruité et suave. Comme premier vin rouge avec l'agneau nous avons dégusté un Cellar Foot 2012 d'Afrique du sud (50 % pinotage cépage de la région de Stellenbosh, 25 % grenache, 12.5 % carignan et 12.5 % mourvèdre) une nette dominante sur le fruit avec des tanins quasi inexistants puis pour finir le repas un pinot noir Autrichien de Pittnauer, vin avec une robe rubis foncé aux reflets violets; au nez, des fruits noirs, d'épices, un peu de menthe. En bouche, juteux, fruit de cerise noire, bon corps et puissant. Tanins fins et de chocolat noir délicat sur la finition.
Les vins servis furent dans l'ensemble fort appréciables. On sort des grands classiques, même si le Sancerre servi au début ne laissait pas présager une dégustation de vins impérissable. Les Pays-Bas ne produisant pas de vins ou de manière confidentiel, il est impossible d'avoir une dégustation avec des vins du pays variés et de hautes qualités comme beaucoup de pays européen peuvent se prévaloir de proposer de l'Espagne à l'Italie en passant par la France et le Portugal.
Pour finir on saluera à nouveau l'amabilité du personnel, décontracté et professionnel, qui nous a donné envie de faire une dégustation à la table de l'hôtel avec un menu à peine en-dessous du premier. On est sorti conquis par cette liberté d'expression dans la cuisine, cette maitrise des cuissons et des textures, une expérience à vivre et si possible de l'intérieur à la table d'hôtes.
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