Semilla: "Graine" en espagnol. C'est une idée qui a fait son chemin depuis que les tauliers du restaurant d'en face - Fish-La Boissonnerie - ont décidé d'investir la rue de Seine, puisqu'ils sont déjà à la tête de la petite boulangerie-sandwicherie Cosi.
A l'intérieur: de l'espace, de la pierre, de la lumière, de la bonne humeur.
Accueil charmant, souriant, bienveillant. Sans faute.
A l'apéro, le Sancerre de François Crochet, qui trace le sillon, qui éclaire le chemin, qui nourrit des perspectives.
En mode "Assiettes à partager à deux" - en namoureux - on opte pour plusieurs munitions.
En « crudo » d’abord, "le tartare de Pierre" (Gagnaire) : subtil arrangement entre le bœuf, la tête de veau… et le hareng ! En bouche, on est surpris par cet alliage, entre ce goût terrien, viandeux, solidement arqué sur ses bases, et puis cette poussée de hareng, de câpres, de citron qui donne de l’élégance et de la finesse à l’ensemble. C’est très réussi.
On fait aussi le ceviche de daurade, servi dans un nuage de saveurs acidulées : gingembre, coriandre, pomme verte. Rien à ajouter, rien à enlever.
A la plancha, on passe au shiitake, qui est le cousin du champignon de Paris, servi en de fines tranches façon carpaccio, mais avec un aller-retour sur le grill et parsemé d’huile de sésame et de ciboulette. C’est fin et puissant à la fois. Une petite salade de tomates-cerise, à peine tiédies, à peine salées, et toutes cornaquées de puissants arômes de basilic. Ca manque un peu de relief par rapport aux autres assiettes, mais ça ferait le job dans n’importe quel bistrot, et à ce prix (6 €), c’est donné.
On arrive aux risottos : l’un, servi avec un pistou de roquette et de l’ail des ours, l’autre, avec une persillade et du gras de seiche (les parties autres que les tentacules). Les deux risotto sont crémeux, fondants, gourmands, bien rythmés par des saveurs fraiches et vertes.
Pour finir sur une note sucrée, on opte pour la crème d’aloé vera : le goût est subtil, aérien, et porté par des fruits exotiques : mangue, fruits de la passion, et par des petits machins croustillants.
Pour accompagner ces assiettes, on ne pouvait pas faire autrement que de prendre des vins au verre : on a pu se laisser aller en suivant les conseils de Guillaume, sémillant chef de salle, qui nous a amené sur le formidable Givry « Pied de Chaume » du domaine Joblot, et le très droit Cour-Cheverny du domaine Huards (100 % Romorantin) pour les blancs ; et pour les rouges, ce Fleurie « Chapelle des Bois », tout en fruits et en poivre, du domaine de la Cour, et ce Baux de Provence du Mas de Gourgonnier : un nez absent dû peut-être à des tannins encore trop serrés, mais puissant en bouche, riche d’épices et de fruits noirs confiturés.
On a dîné sur une table pour deux, juste à côté de la cuisine ouverte et de la brigade; vous pouvez vous laisser porter par le ballet silencieux des cuistots et du chef.
C’était formidable. Courrez-y.
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