Une opportunité professionnelle me permettant d’aller à Stockholm, c’est immédiatement que je me suis rappelé que cette ville comportait quelques tables considérées comme étant parmi les plus belles du monde. Certes tout le monde parle de Noma au Danemark depuis quelques années mais la Suède est loin d’être en reste. Le très chahuté concours San Pellegrino et ses « 50 meilleures tables du monde » à classé Frantzen au 12 ème rang en 2013 et même si ce classement n’est pas à prendre selon certains au sérieux, il m’aura permit ainsi qu’à d’autres de « savoir » qu’il y a autre chose dans le nord de l’Europe… Aujourd’hui le focus gastronomique est sur l’Espagne et la Scandinavie et comme je ne connaissais pas cette cuisine nordique réputée pour sa créativité hors-pair basée sur des produits de la nature, rapidement je me suis décidé à réserver une table chez Frantzen. Jusqu’il y a quelques semaine cet établissement s’appelait Frantzen/Lindberg ; une association entre deux cuisiniers ; le second étant en charge de la pâtisserie mais celui à quitté pour de nouvelles aventures.
Bjorn Frantzen reste seul maître à bord et est l’un des challenger de Andre Rezdepi pour démontrer que la cuisine Scandinave est en pleine révolution. Selon les dire, 95% des produits utilisés chez lui sont Suédois ; proviennent du jardin de son restaurant et sont préparés avec des influences ou techniques asiatiques et continentales.
Malgré que tout le monde accours pour y trouver une table, j’ai probablement par chance trouvé la possibilité de venir y manger ce mercredi soir. Une belle balade vous dirigera vers Gamelan Stan, le vieux quartier de Stockholm et ses maisons séculaires avant d’arriver dans la rue du restaurant. A premier abord on se demande ou se trouve le restaurant car il y a plusieurs enseignes. Sur un coté un second restaurant plus simple servant de la cuisine suédoise campagnarde ; une salle réservée pour certains groupes privilégiés, comme une table d’hôte et de l’autre coté de la rue le restaurant principal. Face a la porte un étrange personnage tout droit sorti d’un roman de Charles Dickens. La rue pourrait évidement faire penser a une ancienne vue du vieux Londres et notre personnage qui parfois lit un livre devant la porte porte un chapeau boule ! Impressionné je me dirige vers lui et ce dernier me dit… « Monsieur Serge Thorn »….euhhh eh bien oui. Plutôt surpris et impressionné je gravis les quelques marches et arrive dans la salle principale de ce restaurant…. Un probable maître d’hotel m’accueille et entame une converation ; bienvenue…d’où je viens…comment je connais cet endroit…Bref, un dialogue complètement amical, innatendu et on va presque dire déstabilisant mais tout en finesse…
Seconde suprise…la salle de ce restaurant. D’entrée j’ai envie de dire « no-restaurant ». C’est un atelier, une salle d’amis…une cuisine dans un appartement. Ne vous attendez pas à des voituriers ou une salle avec de l’argenterie et une armada de serveurs en train de vous « débarasser » mais à un endroit complètement en dehors de tous standards….et tant mieux !
Frantzen…sera et aura été une expérience inoubliable et incomparable à tout autre établissement. Ne me demandez pas si j’ai préféré X ou Y…cela n’aurait aucun sens. Cependant je signale que cela ne pourrait pas plaire à tout le monde….Mais entrons dans son univers…
Dejà il a probablement moins de 20 couverts…et au moins 5 se trouvent assis sur des chaises hautes en face de la cuisine, des cuisiniers et de Björn Frantzen. Pendant plus de trois heures j’aurai la chance d’assister à une symphonie gastronomique depuis ma table ou j’observe le ballet incessant de l’équipe de Björn en train de dresser les assiettes. Probablement une douzaine de cuisiniers dans un mouchoir de poche… Oui cet établissement est tout petit et la cuisine est presque un laboratoire. A se demander comment ils font… Le chef Frantzen contrôle mais aussi participe en face de vous à l’élaboration des plats. Plus fort encore, il commente ses plats à ses quelques convives au bar mais également vient en salle individuellement expliquer l’origine ou la conception de ses recettes. Je ne peux que saluer ce respect profond du client car je n’ai jamais vu cela ailleurs.
Quelques mots sur l’ambiance générale... Nous sommes plutôt dans un atelier de découvertes et moins dans un restaurant classique. Le service est minimaliste dans le bon sens du terme et connait sur le bout de la langue la composition de chaque plat. De plus les serveurs/veuses sont très amicaux, serviables et comprennent que cet endroit est tout bonnement exceptionnel. Rien de superflus…que de l’émotionnel !
Le choix sera simple...menu découverte pour tout le monde…à 2100 SEK. D’entrée je vous signale qu’il ne faut pas penser au prix et si c’est le cas…ne venez-pas. A cela s’ajoute le « wine pairing » que généralement je n’apprécie pas forcement mais je vous garantis que celui-ci aura été hors-pair, exeptionnel ! Tour cela pour 1300 SEK additionnels.
Ne comparez en aucun cas la cuisine de Frantzen avec une autre table réputée car...cela ne ressemble à rien d’autre ! C’est une cuisine totalement nouvelle, souvent déstabilisante et qui chamboule toutes les données. Non...cela ne ressemble pas « aux Espagnols » et non…cela n’est pas proche des maitres Français.
Une fois assis et un peu émerveillé, honnêtement surpris par autant de témérité je recois la description de ce menu. Imaginez-vous vous retrouver au Japon dans un bar à sushis face a une ribambelle de cuisiniers entrain de confectionner chaque assiette. Eh bien c’est cela Frantzen...des préparations et dressages de dernière minute juste en face de vous avec les commentaires de Björn en supplément ! Incroyable non ???
Une coupe d’excellent champagne Résonance de la maison Marie-Courtin m’est offerte et je commence par les « canapés » ! Impossible de décrire avec détail l’avalanche de saveurs de chacun tellement il y a du travail ! Voici les cinq bouchées proposées en rangée sur un plateau de pierre…
Macaron au pomegranate et galanga avec une crème de foie, betterave séchées et cerises croustillante ; Pomme de terre-crèpe au sang avec du caviar suédois de Klix, compote de pomme, poire Nashi et beurre séché ; Peau de cabillaud séché parfumée au thé Oolong, cabillaud vapeu, œufs séchés d’esturgeon, ail fermenté et purée de carotte, Brioche perilla au beure d’oursin, oignon de printemps, tofu maison, herbes et truffe d’été ; Tête de cochon dans une pomme de terre avec des captes de Ramson, langue de cochon marinée dans un jus de truffe sur une peau de cochon croustillante. Clairement il y a un travail gigantesque et je dois reconnaitre que j’ai du manquer pas mal de chose… J’ai d’ailleurs eu le privilège d’en discuter 15 minutes avec le chef Frantzen. Pour lui, ceci donne d’entrée une idée de la recherche et des utilisations de saveurs aussi parfois asiatiques.
Avant de commencer avec la section « Apéritif » un premier vin arrive : le Gayda Sélection de l’Aude ; un cépage qui m’était inconnu du nom de Vermentino, assez proche des vins du jura comme un Savagnin avec une oxydation contrôlée. Une vraie merveille !
Arrive une eau de tomate avec des graines de moutarde vinaigrées. Un breuvage très raffraichissant, doux en bouche et réhaussé par le coté croquant des graines. Des saveurs assez méditerranéennes. Le second appérif plus Scandinave fut d’une très grande ingéniosité : le crabe King poché dans la bierre et l’aneth, jus d’aneth, farce à base de chaire de crabe brun et bouillon. On y retrouve ces saveurs suédoises, les goûts marins et végétaux. Ensuite l’huitre « 45 min » avec du sureau gelé, crème de genièvre et noix. Moment d’extase…L’huitre a cuit à basse température et reste moelleuse en bouche puis est révélée par ce granité floral et le gôut des baies.
Nous poursuivons avec une « section Sashimi » qui finalement n’a rien de japonais dans les saveurs mais probablement quelques quelques similitudes dans les approches. Pour démarrer du homard avec une émulsion de moules, panais, et algues séchées. Un visuel parfait, des consistences variées, des saveurs marines intelligement associées. Magnifique ! Ensuite, du boeuf wagyu avec une mayonnaise aux girolles, graines de coriandre, mousse croustillante blanche et froie gras gelé. Je ne sais comment ce plat a germé dans les pensée du chef mais à nouveau je suis fortement impressionné par autant de justesse dans les saveurs.
Un autre moment très fort lorsque le chef Frantzen arrive à ma table et m’introduit le concept de « son pain »…En réalité…il n’y a plus de pain servit et depuis le départ de Lindeberg, Björn a créé un plat qui lui a pris 8 mois de recherche ! La Soupe de seigle fermentée avec du lait acidulé Un petit bol que l’on boit d’un trait avec des saveurs complètement nouvelles… Un coté très fumé et acide, voir un peu sucré et brulé. Une géniale création qui remplace intelligement le pain…
Avant de passer aux plats « Signature » un nouveau vin m’est servit qui me laissera a nouveau pantois… Un vin autrichien de Styrie d’Andreas Tscheppe appelé butterfly Goldmuskateller de couleur orange et non filtré. Un vin au goût de miel.
Et voici l’un des plus beaux plats de légumes de ma vie…..Le « Satio Tempestas ». Pour ceux qui connaissent le « gargouillou » de Michel Bras, ce plat au nom aussi étrange est une évolution de ce premier mais encore plus recherchée ! Un plat de légume avec 42 ingrédients !!! Unr composition avec des éléments servis crus, marinés, à la vapeu, séchés, frits et crêmeux… 42 éléments entre légumes, et épices…Un feu d’artifice visuel et des saveurs inégalées…Un plat d’exception.
Autre incroyable plat « signature » les coquilles Saint-Jacques avec une crème d’œuf d’oie ibérique, truffes d’été et « dashi ». Une Saint-Jacques mi cuites dans un bouillon aux saveurs indescriptibles tellement subtiles que l’on a la larme a l’œil…Dans un second temps on vous verse un autre bouillon dans la coquille qui s’avère être un dashi japonais. Arrive aussi un tartare de Saint-jacques qui accompagne ce bouillon.Tout embaume, l’équilibre en bouche est parfait.
Autre merveilleux vin que le Meursault Poruzots en 2004 du domaine Jobard qui accompagnera le poisson du plat suivant. Un turbot avec du choux vinaigré, poireaux crus, asperges blanches cuites pendant 3 heures avec de la citronelle, citron vert, coriandre servi avec une purée de pistache au safran et citronelle. Un plat d’une beauté exceptionnelle avec des saveurs bien disctinctes qui lorgnent délicatement vers l’asie.
Avec la « viande » un autre vin extraordinaire ; un Nuits-Saint-Georges 1 er cru du domaine Prieuré Roch en 2009. Comme plat, du veau de lait servi en deux fois : Tartare grillé avec un velouté de persil, moelle et caviar Osciétra ; pavé de veau aux girolles jaunes, amandes fraiches, abricots en infusion et truffe d’été ; velouté de petits pois et persil. La viande est grillée en milieu de salle avec un chalumeau et de la braise conférent un coté fumé à ce fabuleux tartare ; le second plat est encore un grand moment avec ses subtiles associations végétales et animales.
En pré-dessert, les tomates du début utilisées pour l’eau seront travaillées en compote sucrée avec une mousse de citronnelle qui ensuite se sera suivie par « le » dessert ; la crème au gingembre et chysanthème avec une glace fumée parfumée au citron, servit avec un sirop de Tar et huile de bouleau, reine des prés séchées, coookies au gingembre. Une nouvelle composition innatendue avec les saveurs de ce syrop à base de sucre, malte, résine d’arbre ; le fumé de la galce, le goût du gingembre. Un magnifique dessert. Avec celui-ci un délicieux vin doux du du Petit domaine de Gimios avec du cépage muscat.
Que dire après un tel repas et autant d’émotion..Le résultat fut à la hauteur de mes attentes, absolument magnifique. Deux mots pour caractériser cette cuisine de magicien: simplicité et pureté des saveurs. Exceptionnel.
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