Une des très belles tables 2007, alors un seul macaron accroché à la toque de R Meilleur - déjà assisté de son fils au piano -, dont on avait prédit une envolée à la bourse du Rouge, ce qui ne se fît pas attendre. Le second macaron empoché, le tandem familial Meilleur cherche la consécration définitive pour ravir à M Veyrat les 3 étoiles délaissées et donner un coup définitif sur la tête de J Sulpice - patron et chef de l'"Oxalys" voisin. Alors oui, une seconde visite s'imposait en cette fin d'année 2010 pour vérifier le chemin parcouru. La "Bouitte" met à disposition un véhicule avec chauffeur qui vient vous chercher dans votre chalet puis vous raccompagne en fin d'agapes - agréable lorsque les routes sont enneigées et verglacées ! Le chalet se situe dans le hameau de St Martin de Belleville, 8 km avant d'arriver aux Menuires. Le chalet de bois à la décoration typique fait plus penser à la "Maison Carrier" de Chamonix qu'à l'ancienne "Auberge de l'Eridan", les bibelots à connotations locales s'entassant dans les nombreuses niches murales de la salle principale. Plusieurs menus "dégustation" permettent de découvrir la cuisine de R Meilleur, d'autant plus pertinnement que la courte Carte n'apporte pas de grande valeur ajoutée. Direction le menu "8 surprises" sagement tarifé 180€ avec un accord mets/vins que je confie à la jeune sommelière que j'avais déjà "repéré" lors ma dernière visite. Après une mise en bouche sur la thématique de l'huitre - assez baroque pour la région...-, nous entamons avec un "Oeuf bio cuit 68 mn/62,5°, dés de truite, pousses de poireau, consommé iodé" très convaincant à la fois par son originalité et par sa très grande maitrise technique, dont la cuisson de l'oeuf renvoie au génie du genre, A Passard ! La truite est bien présente ainsi que l'association de saveurs, et le jeu des matières est un pari osé, réussi. Une première dégustation à l'aveugle nous conduit sur un "Schiste" 05 Domaine de l'Ardoisière où un concentré de ce que peut produire la Savoie s'exprime dans un accord malin et minéral. Puis les "Noix de St Jacques à la plancha, gel fouetté de coques, cumbawa et aromates" confirment la prise de risque de l'établissement et je trouvai personnellement le résultat intéressant même si la qualité de la St Jacques n'était pas de mémoire impérissable, a fortiori pour une table lorgnant du côté du triple étoilage. Un excellent "Montlouis Rémus" de chez J Blot se révéla un très bon compagnon d'assiette. Les "Cuisses de grenouilles décortiquées, cuisson meunière, ail noir, pignons de pins cuits façon risotto, essence de persil plat émulsionnée" fut incontestablement la vedette de la soirée. Travail sur la puissance pour sublimer la chair d'un batracien originellement neutre, et jeu de couleurs et de matières, raisonnent encore comme la grande signature de cette soirée. Un "Savennières les Vieux Clos" 08 de chez N Joly conforta ce moment de bonheur culinaire. Le "Rable de lapin, polenta "crousti-fondante", coulis de citron rouge" peut apparaitre comme une assiette plus mineur, mais le travail sur le lapin présenté en "barres pleines" et l'accord avec le citron rouge, révélant la dualité salé-acidulé, me donna du plaisir .Le vin de Corse "Granit" Vacceli - le seul que je ne trouvai pas ce soir... - était parfait : puissance et souplesse, "trouvaille" diffcile à classer mais à la dégustation heureuse ! Pour clore le "salé", classique "Carré d'agneau au four, entremet de topinambour, légère infusion à la truffe", canon au sang, rognon dans sa "bogue" de graisse et sa côtelette rotie, sans émotion particulière mais sans reproche possible. "Fitou la Cadette" 98 Milles Vignes de grande puissance, aux arômes pleins et à la structure parfaitement équilibrée. Assiette de fromages locaux richement dotée avec une mention spéciale pour le Bleu de Termignon et les affinages d'Abondance. "Caramel light, en déclinaison, fine tuile croustillante, biscuit moelleux, coulis, mousse, sorbet" agréable et "Peau de mandarine Mikan confite, gonflée à la chantilly, sablé breton, glace de flan aux oeufs" pour un retour sur une assiette hautement audacieuse, pour une réalisation bien maitrisée et des saveurs inédites. Une "Opulence NM" - vin de savoie de dessert - nous prît de cours et nous terminâmes sur une dégustation d'Alcool de Sauge purificatrice ! En synthèse, Meilleur Père et fils revendiquent leur cuisine d'autodidactes, et c'est lorsqu'ils jouent leurs arpèges version impro qu'ils sont définitivement les meilleurs ! La Bouitte mérite le détour et avec encore plus de rigueur dans l'assiette - toutes les assiettes - et en se concentrant sur ce qu'ils savent faire le mieux - prendre des risques, nous surprendre -, René et Maxime atteindront certainement les sommets qu'ils recherchent.
LA surprise de demain, vous verrez! Cuisine de montagne faite avec le cœur, légère (eh oui, légère) et originale, les menus à prix tout à fait raisonnables nous ont fait voyager entre les alpages et les lacs de montagne avec raffinement et générosité. Une table fraîche et des idées neuves, loin des clichés de Courchevel (que j'aime beaucoup par ailleurs...). Passage obligé pour les gourmets alpins, mais n'en parlez pas trop autour de vous...
- le cadre authentique et plein de charme
- les menus 3, 4, 5, ou 9 surprises
- le professionnalisme des serveurs, sans aucune prétention.
- la créativité des plats, du grand grand art !!!!
- les amuses-bouche, créatifs, inventifs, surprenants et présentés avec beaucoup de grâce.
- les plats qui mêlent savemment produits du terroir et produits du monde.
- le plateau de fromages, magnifique !
Le tout pour un rapport qualité-prix exemplaire :
Malgré ses 2* au Michelin, les prix restent "abordables". Exemple : le menu 3 surprises est à 66€ !
UN GRAND MOMENT DE GASTRONOMIE
Petit plus appréciable et insolite : une navette vient vous chercher au pied des pistes, vous pouvez donc aller déjeuner à la Bouitte en chaussures et combinaison de ski ! Une journée ski-gastronomie inoubliable !!