L’homme qui murmurait à l’oreille des légumes
On l’appellera « Toto » en souvenir de sa première vie qui l’a vu défiler dans les années 80 derrière les bars les plus prestigieux du Ritz, du Royal Monceau du Harry’s bar et de quelques clubs londoniens. C’est un ancien qui en l’accueillant l’a baptisé ainsi pour souligner sa naïveté de l’époque et qui lui fait découvrir la vie nocturne de la capitale quand celle-ci était encore ville-lumière. Une nostalgie bien vivace parmi toutes celles qui l’agitent aujourd’hui. De cette époque il a gardé un don pour réduire ses raisins où maîtriser une décoction qu’il ne révèlera pas : tous ces secrets font de son rhum arrangé trônant dans une bonbonne de sorcière campée sur son bar en bois l’un des plus gouleyants de la capitale. Cette nostalgie du « Paris by night » il la calmait encore il y a peu en poussant deux des huit tables de son modeste établissement pour permettre jusque tard dans la nuit à ses clients de bouger un peu. C’était avant l’interdiction de fumer dans les lieux publics !
Sa deuxième vie, en Asie lui permettra d’étendre son savoir aux légumes. Végétarien pendant cinq ans, il apprendra à les amadouer et à leur extirper leur quintessence. Est-ce en Inde ou à La Réunion qu’il a compris qu’une feuille de citronnelle pouvait apporter plus qu’un filet de citron ? Et aujourd’hui encore à La sauterelle, les viandes ne sont prétexte qu’à la fête des légumes et des fruits lutter qui les entourent.
Presque 10 ans après son ouverture et un parcours acharné du patron pour mâter un crabe qui lui a bouffé sa jambe, la Sauterelle rentre dans le rang en revenant vers les fondamentaux de la cuisine françaises. Peu à peu au cours de cette troisième vie, il a rompu avec ses tentations asiatiques qu’il retrouve parfois au printemps et qui se camouflent le reste de l’année sans jamais disparaître totalement.
La maison est en passe de retrouver la sérénité avec l’aide de Caroline qui fait le lien entre la cuisine et la salle. Elle vient le rassurer en lui communiquant l’air ravi de la tablée à l’arrivée de son sauté de pleurotes et de chanterelles égayé par un pot de Macon. Encore n’ont-ils pas découvert le filet de canette et sa sarabande de légumes. Mais comment fait-il pour marier les quartiers de poires, l’asperge verte, les gros raisins poëlés, la petite ratte avec une endive dont il a eu raison de toute trace d’amertume ? Je n’ai pas la réponse mais j’ai vu le résultat :Impeccable !
Un petit mot pour finir avec la soupe de fruits au vin et son sorbet de cassis : la maturité du talent.
Merci olivier je savais que pouvais te faire confiance .
C'est un peu loin de chez moi pour y aller tous les soirs
Les impatients trouveront que le service est lent
J'ai beau chercher, cette adresse ne figure dans aucun guide gastronomique. Finalement tant mieux. Car "La Sauterelle" fait partie des tables que l'on préfère garder pour soi. Le lieu ? minuscule : huit tables maximun, un petit tout comptoir, des murs patinés, quelques objets de curiosité, le tout enrobé de jazz. Le personnel ? unique. Un chef, ancien barman d'un grand hôtel, qui passe du piano à la salle avec facilité, le tablier autour de la taille et qui finit la soirée à vos côtés pour partager un vieux rhum. La carte ? courte, simple et modifiée tous les mois. Le magret de canard aux légumes de saison résume le style de la maison : une vraie cuisson minute, des légumes "la-dente", simplement dorés par un jus corsé. En hiver, on y trouve du gibier. Au printemps, des légumes du jardin. Les desserts ? Chocolat et fruits de saison. Les vins ? à l'unisson. Bon j'avoue, j'ai un peu menti... il paraît que c'est l'un des restos favoris de Cocorosie (oui d'accord, je me la joue un peu "pipole" www.myspace.com/cocorosie), mais chuuuuuuut
l'attente, parfois, entre les plats en cas d'affluence